Tachygraphe des utilitaires : Samsara mise sur la conformité
Depuis le 1er juillet 2026, les véhicules utilitaires légers de 2,5 à 3,5 tonnes qui font du transport international ou du cabotage doivent être équipés d'un chronotachygraphe. Aimée Guitard Laffite, directrice commerciale France chez Samsara, explique ce que change cette réglementation européenne. Elle détaille aussi comment la télématique et les caméras embarquées aident les flottes à rester conformes, plus sûres et plus rentables.
Présentation de Samsara
Fondée il y a une dizaine d'années, Samsara est spécialisée dans l'Internet des objets (IoT) appliqué aux entreprises qui gèrent une flotte de véhicules. Sa plateforme réunit des boîtiers télématiques, qui collectent les données de carburant, de maintenance et de temps de conduite, et des caméras embarquées dotées d'intelligence artificielle. Elle accompagne ses clients sur trois axes : la transformation digitale, l'efficacité opérationnelle et la réduction des risques.
Pouvez-vous vous présenter ?
Je suis Aimée Guitard Laffite, directrice commerciale France pour le segment mid-market. Je suis chez Samsara depuis un peu plus de sept ans. Je connais donc très bien notre solution, nos produits et les secteurs avec lesquels nous travaillons.
Concrètement, nous installons des capteurs télématiques qui font remonter les données des véhicules : carburant, maintenance, rapports d'activité. Nous apportons ainsi de la visibilité et des données opérationnelles, pour que nos clients prennent leurs décisions sur des faits. Sur le volet sécurité, nous proposons des caméras embarquées équipées d'intelligence artificielle.
Rappel de la réglementation : que change-t-elle ?
Elle étend l'obligation du chronotachygraphe, qui était jusqu'ici réservée aux poids lourds. Cet appareil enregistre l'activité du conducteur : son temps de conduite, le respect de ses pauses, etc. Autrefois, et encore sur certains marchés, cela se faisait avec un disque papier. L'enregistrement est désormais digitalisé pour limiter l'erreur humaine et les abus, protéger le salarié et encadrer l'activité. La règle s'applique maintenant aux utilitaires légers de 2,5 à 3,5 tonnes qui font du transport international ou du cabotage.
Pour les entreprises concernées, il faut installer un chronotachygraphe certifié. La pose doit être faite par un atelier agréé ou par leur propre atelier, car beaucoup de nos clients ont internalisé cette partie. L'appareil enregistre automatiquement les temps de conduite et la géolocalisation. Il détecte aussi les passages de frontière, puisque les règles varient selon les pays traversés. Avec notre solution, tout est automatique : le conducteur n'a aucune manipulation à faire quand il passe de la France au Royaume-Uni, par exemple.
Les données sont ensuite déchargées. Elles servent souvent à alimenter la paie, en particulier dans les entreprises qui rémunèrent les conducteurs selon leur temps passé sur la route.
Quelles sont les conséquences en cas de non-conformité ?
Qui dit réglementation dit contrôles, et donc sanctions. En France, la fraude au tachygraphe est désormais traitée comme un délit et non plus comme une simple contravention. Une certaine tolérance existait jusqu'ici, mais le cadre s'est nettement durci. La DREAL peut effectuer des contrôles aléatoires. Les entreprises doivent alors fournir l'ensemble des registres de déchargement pour prouver leur conformité.
La plupart de nos clients possèdent déjà des poids lourds équipés, ce n'est donc pour eux qu'une extension. En revanche, pour des acteurs comme la livraison du dernier kilomètre, qui utilisent surtout des utilitaires, c'est totalement nouveau.
Comment Samsara aide-t-il ses clients à répondre à cette obligation ?
Notre boîtier télématique se branche sur le port OBD ou FMS, selon le véhicule, et récupère l'ensemble des données. Il se connecte aussi au chronotachygraphe. Dès que la carte du conducteur est insérée, nous la lisons et nous la croisons avec les mouvements réels du véhicule. On ne dépend plus du déclaratif : on s'appuie sur des données réelles, sans marge d'erreur en cas de contrôle.
Surtout, nous jouons un rôle préventif, car une fois l'infraction commise, il est trop tard. Notre solution de conformité intelligente anticipe les infractions possibles et alerte les gestionnaires par des rapports et des notifications. Si le véhicule est aussi équipé de notre caméra, son haut-parleur intégré prévient directement le conducteur : « Attention, il vous reste tant de temps de conduite avant d'être en infraction. » Notre engagement, c'est 100 % de conformité.
En cas d'inspection, l'outil fournit aussi les fichiers C1B (carte conducteur) et V1B (unité embarquée) qui démontrent la conformité de tous les conducteurs sur une période donnée.
Au-delà de la conformité, quels bénéfices vos clients en retirent-ils ?
Le premier concerne le carburant. Cette année, avec le contexte géopolitique, les prix ont flambé. Nos rapports mesurent notamment le temps passé moteur au ralenti : on attend en laissant tourner le moteur parce qu'il fait froid, chaud ou pour écouter la radio. Mis bout à bout et multiplié par le prix du carburant, cela représente des sommes importantes. Nous chiffrons précisément ce temps et son coût.
Nous calculons aussi des scores d'éco-conduite. L'objectif n'est pas de contrôler et sanctionner, mais de récompenser les bons comportements. Beaucoup de clients nous disent : « Je connais mes conducteurs depuis 30 ans, je sais qu'ils sont bons. » Des données factuelles permettent pourtant de féliciter celui qui a passé le moins de temps au-dessus des limitations de vitesse ce mois-ci. Nos clients s'en servent ensuite dans leurs systèmes de primes. C'est du renforcement positif.
Le deuxième bénéfice touche la maintenance. Moins on malmène un véhicule, moins il coûte en entretien. Nous intégrons aussi le planning de maintenance dans la plateforme. Par exemple, si une révision des freins est prévue tous les X milliers de kilomètres, Samsara prévient une semaine avant l'échéance, selon le kilométrage réel, qu'il faut programmer le passage en atelier. On réduit ainsi les immobilisations, car un véhicule qui ne roule pas coûte de l'argent.
Nous mesurons enfin le temps passé sur site. Certains clients se voient facturer ce temps par leurs donneurs d'ordre. Des données exactes leur permettent de se protéger en cas de litige.
Et côté sécurité ?
Nos caméras embarquées, dotées d'IA, détectent les comportements à risque : usage du téléphone, endormissement, conduite distraite. L'endormissement est un enjeu majeur, notamment pour nos clients du transport de matières dangereuses, qui ne peuvent se permettre aucun relâchement.
Le métier de conducteur attire de moins en moins, et le secteur fait face à une pénurie de main d'œuvre. Nos outils facilitent le quotidien : une application conducteur pour suivre ses scores d'éco-conduite et de sécurité, et une navigation adaptée aux poids lourds pour éviter les itinéraires inadaptés. Les entreprises recrutent aussi des profils plus jeunes, moins expérimentés, et beaucoup d'intérimaires pour gérer la saisonnalité, ce qui augmente le risque. La caméra devient alors un outil de formation. Elle repère les tendances de chaque conducteur : freinages et accélérations brusques, distances de sécurité non respectées. Notre module de coaching permet ensuite d’échanger sur des faits concrets. On réduit le risque tout en aidant nos clients à former et fidéliser leurs équipes.
En résumé, Samsara a trois engagements : réduire le risque, digitaliser les opérations en les réunissant sur une seule plateforme, et améliorer l'efficacité grâce à des données factuelles.
Les conducteurs sont-ils réticents à l'idée d'être filmés ?
C'est une question que l'on nous pose très souvent. Nous intervenons d'ailleurs régulièrement en CSE lors des projets de déploiement de caméras.
Nos caméras sont conçues en conformité avec le RGPD et les exigences de la CNIL : pas d'audio, visages floutés, données conservées six mois. Mais cela ne suffit pas. Chaque entreprise doit encadrer en interne l'usage de ces données : qui a accès à la plateforme, à quelle fréquence chaque salarié peut consulter les vidéos qui le concernent, et dans quel but. La finalité doit être la formation, la prévention et la protection, pas la répression.
Il faut distinguer deux équipements. La caméra double objectif filme la cabine et la route. La caméra simple objectif ne filme que la route, et suscite beaucoup moins de réticences. Elle permet quand même de repérer les distances de sécurité non respectées, les stops non marqués ou les freinages brusques. Elle protège aussi le conducteur en cas d'accident, par exemple lors d'un délit de fuite.
Pour un conducteur, son camion est comme une deuxième maison, une caméra y paraît forcément intrusive. Mais ce n'est pas une caméra de surveillance. Elle n'enregistre qu'une séquence de dix secondes, et seulement lors d'un événement de sécurité. Le conducteur peut chanter à tue-tête : s'il respecte les limitations, rien ne remonte.
Une fois qu'on explique précisément ce que la caméra fait, et surtout ce qu'elle ne fait pas, la confiance s'installe. Cela demande beaucoup de pédagogie. Nous proposons souvent des phases d'essai pour que les conducteurs en fassent l'expérience.
Qu'est-ce qui différencie Samsara sur un marché très concurrentiel ?
Notre rapidité d'innovation. L'entreprise a à peine dix ans, alors que nos concurrents sont installés depuis bien plus longtemps. Nous gagnons des parts de marché parce que nous développons sans cesse de nouvelles fonctionnalités. L'alerte audio de prévention des infractions a moins de six mois. La détection de l'endormissement est sortie l'an dernier, et celle de la hauteur des ponts il y a quatre mois. Toutes ces nouveautés viennent des retours terrain de nos clients. C'est la vraie valeur de Samsara : nous écoutons nos clients, et leurs remarques se traduisent en produits.
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